Dossier

Économies d'énergie : séparer le gain du logiciel de celui des travaux

Les pourcentages affichés par les plateformes d’optimisation énergétique mélangent deux natures de gain : ceux produits par du pilotage logiciel et ceux produits par des équipements. Séparer les deux change la décision d’investissement.

Vue en noir et blanc d’une toiture-terrasse de bâtiment tertiaire : deux groupes extérieurs de climatisation, un local technique bardé et une rangée de sorties de ventilation.
Groupes extérieurs et sorties de ventilation : remplacer ces équipements relève des travaux, en piloter les consignes relève du logiciel. Le pourcentage affiché mélange les deux.

Un chiffre circule dans toutes les plaquettes d’optimisation énergétique du bâtiment : le pourcentage d’économies. Il va de 15 % à 80 % selon les éditeurs, il est presque toujours précédé de « jusqu’à », et il est presque toujours affiché à côté du mot « intelligence artificielle ». Ce chiffre n’est pas faux : il est composite, et sa composition détermine où doit aller votre budget.

Deux natures de gain, deux ordres de grandeur

Trois leviers se cachent derrière un pourcentage unique, et ils ne relèvent ni des mêmes métiers, ni des mêmes budgets.

LevierCe qu’on toucheGain typiqueNature
Pilotage logicielConsignes, relances, lois d’eau, plages horaires (matériel constant)15 à 40 %Logiciel, retour rapide
Remise à niveau de la régulationGTB, instrumentation, points adressablesVariableChantier, lots techniques
Changement de productionChaufferie, pompes à chaleur, géothermie, stockageJusqu’à 80 %Travaux lourds

Le pilotage logiciel optimise sans toucher au matériel : un bâtiment mal réglé donne beaucoup, un bâtiment déjà bien conduit donne peu. La remise à niveau de la régulation n’est plus du logiciel, c’est du chantier, avec des délais et des lots techniques. Le changement de production offre les gains les plus élevés, parce qu’on change la source d’énergie et non la façon de la consommer.

Un cas lisible

Accenta illustre bien la superposition, et le fait plutôt honnêtement quand on lit ses pages en détail. En accroche, l’entreprise annonce jusqu’à 80 % de consommation en moins et 95 % d’émissions en moins, à côté de son positionnement IA. Ces valeurs correspondent à son offre de production : géothermie avec stockage intersaisonnier, pompes à chaleur, appoints. C’est-à-dire à des forages. Son offre de pilotage seule, celle qui ne demande pas de travaux lourds, annonce jusqu’à 40 %, et les études de cas publiées sous cette étiquette se situent entre 24 % et 46 %. Deux ordres de grandeur, deux métiers, deux budgets : un lecteur pressé attribue à l’algorithme une performance produite par le sous-sol.

Foreuse sur chenilles en cours de forage sur un chantier urbain resserré, tubes de forage boueux empilés sur une palette au premier plan, immeubles de logements à l’arrière-plan.

Le forage géothermique, pas l’algorithme, produit l’essentiel des 80 % annoncés par certaines offres. Deux métiers, deux budgets. Illustration générée par IA.

L’éditeur écrit d’ailleurs lui-même que l’IA seule ne suffit pas, et revendique la combinaison avec de l’expertise humaine. Position défendable et rare dans ce marché, qui coexiste avec un branding entièrement bâti sur l’IA, jusqu’au nom de domaine.

Le cas Advizeo, ou la même leçon par un autre chemin

Advizeo affiche un triptyque « connecter, analyser, piloter ». La partie algorithmique couvre l’analyse : détection de dérives, comparaison de sites, préconisations soumises à validation. Le pilotage, lui, passe par une offre distincte, qui repose sur de la GTB et sur une supervision humaine permanente. L’éditeur ne le cache pas, c’est écrit sur ses pages. Mais l’architecture de la promesse laisse penser que le mot « piloter » découle du mot « analyser », alors qu’entre les deux il y a des automaticiens, une armoire et un contrat d’exploitation.

Le seul cas où l’algorithme pilote vraiment

Il existe. BrainBox AI écrit dans la régulation, à intervalle court, sous contrainte d’une couche de règles d’exploitation. C’est du pilotage automatique au sens strict, pas de l’aide à la décision, et c’est aussi l’un des rares éditeurs du secteur à citer des publications à comité de lecture pour décrire ses modèles. Ce que cela suppose est rarement dit : que l’exploitant accepte qu’un système tiers écrive des consignes dans ses équipements. Une question de responsabilité, de contrat de maintenance et parfois d’assurance, avant d’être une question de technologie.

Comment lire un pourcentage

Cinq questions à poser à n’importe quel chiffre d’économies, quel que soit l’éditeur.

  • Sur quel périmètre ? Consommation de chauffage, tous usages, facture ou émissions : les quatre donnent des pourcentages très différents.
  • Par rapport à quoi ? L’année de référence change tout. Un bâtiment mal conduit sur l’année de référence produit mécaniquement de belles économies.
  • Avec ou sans correction climatique ? Un hiver doux fait baisser une consommation sans qu’aucun algorithme n’intervienne ; sans correction en degrés-jours unifiés, un chiffre de performance ne veut rien dire.
  • Travaux inclus ? C’est la question centrale de ce dossier : un gain obtenu après remplacement d’une production n’est pas un gain logiciel.
  • Selon quelle méthode ? Un protocole de mesure et de vérification de la performance existe, normalisé et connu (l’IPMVP). Aucun des acteurs cités ici ne publie de méthodologie de mesure sur son site.

Ce que ça change pour un BE ou un exploitant

L’ordre des opérations compte plus que le choix de l’outil.

Sur un parc mal compté, la première dépense utile est le comptage, pas la plateforme. Un logiciel d’analyse sur des données absentes ou fausses produit des recommandations sur du vide, et l’éditeur qui vous vend la plateforme vous vendra d’ailleurs souvent le sous-comptage qui va avec, ce qui est un aveu de séquencement.

Sur un parc correctement instrumenté et mal conduit, le pilotage logiciel est le meilleur rapport gain sur investissement du marché, et il n’exige aucun arrêt d’exploitation.

Sur un parc déjà bien conduit, l’essentiel du gisement restant est dans la production. Aucune quantité d’algorithme ne compensera une chaudière au gaz en fin de vie : il faut alors raisonner en travaux, en montage financier et en durée.

La question à poser à un fournisseur n’est donc pas « combien je gagne », mais « quelle part de ce chiffre vient de votre logiciel, et quelle part vient de ce que vous allez me faire installer ». Les réponses sont instructives, y compris quand elles tardent.

Un cas concret dans votre structure ?

30 minutes pour regarder où l’IA vous ferait gagner du temps, et sur quoi elle ne changerait rien. Si je ne peux pas vous aider, je vous le dis en dix.

Réserver 30 minutes