Analyse

Interroger vos maquettes en langage courant, sans les envoyer ailleurs

L’Open Design Alliance, le consortium dont les kits logiciels lisent DWG, IFC et STEP dans des centaines d’applications du marché, prépare pour le troisième trimestre 2026 des serveurs qui laissent une IA interroger ces fichiers depuis vos propres machines. Rien n’est livré, l’accès suppose une adhésion payante, et la confidentialité annoncée ne tient que si le modèle d’IA tourne lui aussi chez vous.

Baie de brassage murale noire, porte ouverte, dans l’angle d’un bureau. Deux panneaux de brassage et un commutateur reliés par des câbles bleus peignés et attachés, un rouleau de câble bleu et jaune accroché à la face intérieure de la porte. Au premier plan, l’angle d’une table de travail avec des plans roulés et une règle.
Une baie de brassage dans l’angle d’un bureau : l’installation locale annoncée par l’ODA suppose cette machine chez vous, et le modèle d’IA avec, sans quoi la confidentialité tombe. Illustration générée par IA.

Vous ne connaissez sans doute pas l’Open Design Alliance, et pourtant vous vous en servez tous les jours. Ce consortium à but non lucratif, gouverné par plus de 1 200 membres depuis vingt-cinq ans, développe les kits avec lesquels les logiciels du marché lisent et écrivent DWG, DGN, IFC, STEP et Revit. Quand votre visionneuse ouvre un DWG sans AutoCAD, il y a de bonnes chances que ce soit son moteur qui travaille. Le 21 juillet, l’ODA a annoncé qu’il exposait ces mêmes kits à des assistants IA, par des serveurs que chaque membre installe chez lui.

Ce qui bouge n’est pas qu’un éditeur ouvre son logiciel à l’IA : c’est que le moteur de lecture des fichiers s’ouvre directement, sous le logiciel. La mécanique porte un nom technique, le serveur MCP, la même que celle vue chez Pascal Editor la semaine dernière. Le principe est sobre : on ne donne pas le fichier à l’IA, un serveur s’intercale et répond à ses questions. L’assistant demande une géométrie, une propriété, une quantité, et les volumes ou les masses reviennent du même moteur compilé que celui embarqué dans les logiciels du commerce. Deux modes d’installation sont prévus : local, sans aucun accès réseau, ou en connexion chiffrée pour plusieurs postes. L’accès reste restreint aux dossiers autorisés et chaque opération est journalisée.

Les questions mises en avant sur la page produit (« quelles portes coupe-feu n’ont pas de degré de résistance renseigné ») restent des illustrations commerciales, pas des résultats mesurés sur une affaire.

Ce que ça change pour un bureau d’études

Rien avant l’automne : le produit est en pré-lancement, la sortie est annoncée pour le troisième trimestre 2026, et la couverture au démarrage se limite à DWG, STEP et IFC. DGN, Revit et Navisworks viendront ensuite. Écrire dans un modèle Revit reste hors de portée : combler cet écart suppose, de l’aveu du président de l’ODA Neil Peterson, un financement nettement accru du projet RVT.

Le coût mérite qu’on s’y arrête, parce que la communication passe vite dessus. Le serveur lui-même est compris sans surcoût dans le paquet Core SDKs, mais le paquet suppose d’adhérer à l’ODA, ce qui n’a rien d’évident pour un bureau d’études. La grille publique, au 29 juillet 2026, propose une adhésion non commerciale à 375 dollars la première année puis 150 dollars, réservée à l’usage interne et à la recherche, limitée à deux ans et sans extension possible. Le niveau commercial démarre à 3 000 dollars puis 2 250 dollars par an. Lire du Revit impose de monter au niveau Sustaining (7 500 dollars puis 4 500 dollars) et d’y ajouter l’extension BimRv à 6 250 dollars par an. Reste une question que seul l’ODA peut trancher : un bureau d’études qui interroge ses maquettes sur des affaires facturées relève-t-il encore de l’usage non commercial ? Selon la réponse, le budget varie d’un facteur huit.

Le deuxième coût est invisible sur la grille. Ce n’est pas une application, c’est un kit de développement : quelqu’un doit l’installer, le brancher sur un modèle d’IA et l’ouvrir aux équipes. L’ODA vend d’ailleurs de la prestation d’ingénierie pour accompagner cette mise en place. Dans une structure de quinze ou vingt personnes sans informaticien à demeure, c’est là que se trouve la vraie dépense.

Une main approche un connecteur RJ45 bleu d’une prise réseau murale double. Sur le même mur, un plan d’étage punaisé, et en arrière-plan flou une baie de brassage ouverte.

Le serveur s’installe sur vos machines, dans vos murs. Ce que fait le modèle d’IA branché derrière ne se règle pas dans la baie. Illustration générée par IA.

Un serveur installé chez vous, branché sur un assistant en ligne, fait sortir vos maquettes exactement comme avant. La confidentialité se joue sur le choix du modèle d’IA.

Ce point est le plus important, et l’ODA l’écrit lui-même : les données interrogées passent par le contexte du modèle d’IA. Si l’assistant branché est un service en ligne, la géométrie et les propriétés de votre projet sortent de la structure, serveur auto-hébergé ou pas. Le circuit ne reste fermé qu’avec un modèle installé sur vos machines. Sur une affaire sous accord de confidentialité, cette question se tranche avant l’essai, dans la ligne de ce que l’Ordre des architectes vient de rappeler sur les données confiées.

Ce qu’on ne sait pas encore

Personne n’a pris ces serveurs en main : on juge une page produit, des vidéos publiées par le consortium et un entretien de presse. Le périmètre à la sortie peut encore bouger, et la disponibilité n’est pas plus précise que « troisième trimestre ».

La question de fond viendra après. Un IFC de chantier n’est pas un fichier propre : familles mal renseignées, doublons, objets orphelins. Un outil qui répond juste sur une maquette bien tenue peut sortir des quantités fausses sur une maquette bancale, et l’erreur ne se voit pas dans une réponse en langage naturel. Le métré reste signé par le bureau d’études, pas par l’assistant. Le réflexe est le même que pour les assistants vendus par les éditeurs français : demander sur quelles données l’outil s’appuie, et ce qui se passe quand elles sont mauvaises.

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