Le dépôt est en MIT, le convertisseur qui lit vos maquettes a sa licence
DataDrivenConstruction publie sur GitHub des procédures d'automatisation pour le bâtiment, écrites pour être exécutées par un assistant de code, sous licence MIT. Deux d'entre elles, qui lisent des fichiers Revit et DWG, appellent un convertisseur que l'éditeur place sous une autre licence, dans un dépôt voisin dont le fichier d'accueil se contredit sur l'étendue de cette licence.
Par Steve Deguilly · Publié le
Un argumentaire commercial promet depuis des mois qu’un assistant IA peut automatiser un métré, une extraction de CCTP ou un chiffrage en quelques clics. Le dirigeant qui l’entend n’a en général devant lui qu’une démonstration : il ne voit ni le code qui tourne derrière l’écran, ni ce que cet assistant va réellement toucher une fois lancé sur les fichiers du projet. Un dépôt public, sans compte à créer, change la donne sur un point précis : il donne accès, avant exécution, au texte exact d’une procédure de ce genre.
Des fichiers texte, écrits pour un assistant de code
DataDrivenConstruction, la société qui édite OpenConstructionERP, publie sur GitHub un lot de procédures d’automatisation, que le dépôt appelle des « skills », sous licence MIT : n’importe qui peut les lire, les copier et les modifier sans payer ni demander d’autorisation (dépôt datadrivenconstruction/DDC_Skills_for_AI_Agents_in_Construction, figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026). Le README les range en six familles : des outils prêts à l’emploi, des procédures calées sur les chapitres d’un ouvrage de l’éditeur, des flux d’automatisation, de la génération de documents en PDF et en tableur, des travaux avancés autour de la vision par ordinateur, et une famille dédiée au progiciel OpenConstructionERP du même éditeur.
Le décompte, lui, ne s’accorde pas avec lui-même. Sur ce commit, le fichier d’accueil annonce 238 procédures dans sa première phrase, le tableau des six familles en additionne bien 238, et une ligne plus bas dans la même page écrit que la collection complète en contient 221. Dix-sept procédures d’écart, dans un seul fichier, à un seul instant. Le dépôt a par ailleurs affiché ces deux valeurs en alternance entre le 1er et le 3 septembre, et son nombre de commits a baissé, ce qui ne se produit pas sans réécriture d’historique.
Une procédure de ce dépôt est un fichier texte, SKILL.md, qui décrit un problème, le code Python à écrire pour le traiter et les outils requis pour l’exécuter. Le principe, annoncé en tête du dépôt, est de l’ouvrir dans un assistant de code, Claude Code, Cursor et Copilot sont cités nommément, et de le laisser lire la procédure, générer le code qu’elle décrit, puis l’exécuter sur les fichiers du projet.
Des taux de marge écrits en dur, un CCTP lu en PDF
La procédure estimate-builder écrit un chiffrage à partir de codes d’ouvrage et de quantités, avec des majorations pour frais généraux, marge et aléas fixées dans le texte du code, 15 %, 10 % et 5 %. La procédure specification-extractor, que le README décrit comme un outil d’extraction de texte et de tableaux depuis un PDF vers une donnée structurée, touche à la lecture d’un CCTP. Dans les deux cas, la procédure dit d’où viennent les nombres qu’elle va produire, avant qu’un assistant ne les écrive dans un fichier.

Repérer une ligne à vérifier sur un plan, au crayon, avant de la faire lire par un exécutable dont le texte de la procédure donne le nom, et dont la licence se lit dans un autre dépôt. Illustration générée par IA.
Deux procédures appellent un convertisseur sous une autre licence
Deux procédures du même dépôt lisent des fichiers de maquette et de plan : rvt-to-excel pour un fichier Revit, dwg-to-excel pour un fichier AutoCAD. Le texte de chacune le dit dans sa liste d’outils requis, sans ambiguïté : la première appelle un exécutable nommé RvtExporter.exe, la seconde un exécutable nommé DwgExporter.exe, sans second nom prévu en repli.
Ces deux exécutables appartiennent à un dépôt voisin du même éditeur, celui du pipeline de conversion cad2data, et ce dépôt ne dit pas la même chose d’un bout à l’autre de son fichier d’accueil. En tête, la note de licence place les convertisseurs compilés sous un régime propriétaire réservé à l’usage personnel et de recherche. En pied, la section « License » du même fichier pose une double licence, MIT pour le code, les flux d’automatisation et la documentation, propriétaire pour les binaires, et n’exclut que l’usage commercial générateur de revenus, le service en ligne et la redistribution (dépôt cad2data, fichiers README.md et LICENSE-PROPRIETARY, figés au commit 4549842, relevé le 3 septembre 2026). C’est la même famille de convertisseurs, du même éditeur, que celle que la prise en main d’OpenConstructionERP avait trouvée sous licence commerciale le 17 août, pour l’import des fichiers DWG, RVT et DGN dans ce progiciel.
La procédure voisine, ifc-to-excel, laisse une porte ouverte : son champ de configuration accepte un second nom, IfcConvert, à côté de l’exécutable propriétaire IfcExporter. Le code qu’elle décrit appelle malgré tout ce dernier, et c’est à celui qui pilote l’assistant d’aller chercher l’alternative que la configuration autorise. Sur ce dépôt, lire un fichier Revit ou un plan AutoCAD passe par un convertisseur à part sans autre issue écrite, quand lire une maquette IFC en offre une. La dépendance est circonscrite, datée, et elle porte sur deux des formats les plus courants dans un bureau français.
Deux colonnes sur trois appellent un exécutable sans repli prévu dans le texte de la procédure : c’est la ligne à lire avant de laisser un assistant ouvrir un fichier de maquette.
Ce qui est appelé, et non ce qui est affiché en tête
Le métreur qui reprendra ce chiffrage, comme le responsable BIM qui autorise l’installation sur un poste, décide sur ce que chaque procédure appelle une fois lancée. C’est écrit dans son texte, avant toute exécution. Sur rvt-to-excel et dwg-to-excel, ce qui est appelé sort du régime MIT annoncé sur la page d’accueil du dépôt. Sur estimate-builder ou specification-extractor, la lecture du texte suffit à voir quels paramètres sont fixés d’avance, comme les trois taux de majoration cités plus haut, avant qu’un assistant ne les recopie dans un chiffrage réel.
Le cas du bureau d’études reste ouvert
Ni le fichier d’accueil ni le texte de licence ne précisent si le seuil d’un « usage à capacité génératrice de revenus » couvre un bureau d’études qui exécute ces procédures pour son propre chiffrage, ou seulement un éditeur qui les intègre dans un produit revendu. Le §2.1 subordonne d’ailleurs le droit d’usage à des conditions générales hébergées sur le site de l’éditeur, que nous n’avons pas dépouillées. Le §2.1 du texte de licence accorde un usage « personnel ou professionnel » gratuit ; le §2.2, paragraphe distinct, réserve la licence commerciale à l’usage « à capacité génératrice de revenus ». Et le haut du fichier d’accueil du même dépôt réduit ce droit à un usage personnel et de recherche, ce qui exclut le cas du bureau d’études. Trois formulations, deux fichiers, un seul éditeur : lui seul peut trancher un cas donné, sur demande écrite. Aucune procédure de ce dépôt n’a été exécutée pour ce contenu.
Une seule ligne portait toute la dépendance
Le texte qu’un assistant de code va exécuter existe avant qu’il l’exécute, et il se demande : à un éditeur commercial comme à un dépôt public. Sur rvt-to-excel et dwg-to-excel, la dépendance tenait dans une seule ligne, le nom d’un exécutable requis, posée dans la liste des outils de la procédure. Deux questions s’y répondent : la procédure recoupe-t-elle le lot ou la tâche visée, chiffrage, maquette, CCTP, et appelle-t-elle un exécutable, un service ou une base de données qui n’est pas sous vos yeux ? Cette lecture ne dépend d’aucun abonnement, et elle vaut pour n’importe quelle procédure, celle-ci ou une autre, vendue ou publiée en clair.
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Sources
- DataDrivenConstruction, dépôt public GitHub datadrivenconstruction/DDC_Skills_for_AI_Agents_in_Construction, fichier README.md, licence MIT (dépôt figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026)
- rvt-to-excel, procédure du dépôt DDC Skills, fichier SKILL.md (figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026)
- dwg-to-excel, procédure du dépôt DDC Skills, fichier SKILL.md (figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026)
- ifc-to-excel, procédure du dépôt DDC Skills, fichier SKILL.md et son champ de configuration (figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026)
- cad2data, dépôt datadrivenconstruction/cad2data-Revit-IFC-DWG-DGN (renommé, l'ancienne adresse redirige), fichier README.md, notes de licence de tête et de pied (figé au commit 4549842, relevé le 3 septembre 2026)
- DataDrivenConstruction Proprietary Software License, version 1.0, effective avril 2026, fichier LICENSE-PROPRIETARY du dépôt cad2data, §2.1 et §2.2 (figé au commit 4549842, relevé le 3 septembre 2026)
- estimate-builder, procédure du dépôt DDC Skills, fichier SKILL.md, fonction set_standard_markups (overhead 0.15, profit 0.10, contingency 0.05) (figé au commit ce45bbf, relevé le 3 septembre 2026)
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